On ne change pas ce qu'on ne peut pas nommer

Posted on 24 juil. 2026

« Pourquoi rien ne change, alors que tout le monde veut changer ? »

Budgets, outils, formations. Et ça coince.

L’explication habituelle, “on s’attaque aux mauvais leviers”, est encore trop optimiste : elle suppose qu’il existe un bon levier, quelque part, qu’on n’a pas trouvé.

Il y a plus profond que les leviers : l’outillage mental, le stock de mots, de catégories et de repères disponibles dans une organisation, qui décide non pas de ce qu’on pense, mais de ce qui est pensable.

On ne le voit pas de l’intérieur, comme on n’entend pas sa langue maternelle.

« On a toujours fait comme ça » n’est donc pas de la résistance -> c’est le signe qu’aucune autre option n’a de nom.

L’IA rend l’histoire encore plus brûlante, mais pas comme on le croit. Elle ne rate pas la transformation : elle refait l’outillage. Elle apprend à convertir toute situation en problème bien formulé.

Ce qui s’entraîne, c’est le cadrage. Ce qui s’atrophie, c’est le jugement sur ce qui n’a pas encore de formulation, et une machine qui ne sait traiter que le déjà formulé ne nommera rien à notre place.

On ne change pas ce qu’on ne peut pas nommer. C’est là que commence le travail, pas dans les outils.